Ah Noël ! Que dire des Noëls de Laure,.. La famille n'ayant pas une grosse fortune, Noël était surtout une fête intime et
religieuse. Laure trop jeune pour se souvenir de ses premiers Noëls, Thérèse sa maman lui raconta qu' elle eut parait-il un baigneur en celluloïd en 1944 , un poupon
dont le corps fût donné par une voisine et la tête par une autre, il avait la tête bien trop grosse , mais vêtu d'une gigoteuse de laine verte avec un bonnet et des chaussons assortis tricotés
par maman, il lui avait paru le plus beau des baigneurs, elle le prénoma Michel ... il fût son premier amour. Plu-tard Laure se souvint de ses Noëls.
Les préparatifs commençaient bien avant les fêtes, tout le mois de décembre, Laure et maman gardaient précieusement les
papiers argentés et dorés des tablettes de chocolat ou des barres chocolatées de ses goûters de petite fille. La fillette, de ses petits doigts agiles, dépliait et lissait
avec précaution les morceaux fragiles, souvent le papier se déchirait et du coup était mis aux rebuts. Dans une boite de fer rectangulaire qui avait contenu des pastilles pour la toux,
Laure rangeait soigneusement ses merveilleux papiers, ils allaient servir pour décorer des tas de choses.
Son grand frère André et son papa avaient ramassé dans les bois et les vergers des amandes et des noix et
quand la saison s'avançait, le soir à la veillée, toute la famille sous la suspension de la lampe de la cuisine qui pouvait descendre presque jusqu'au ras de la table (à l'époque
la lampe était de faible puissance et ne faisait pas une grande lumière ), la famille donc décortiquait la récolte .
Bien au chaud devant la grande cuisinière à charbon qui ronflait joyeusement, Paul et André avec un couteau
ouvraient les noix en deux en essayant de garder bien entières les moitiés de coquilles les plus grosses, les cerneaux allaient servir à réaliser des friandises. Les amandes subissaient le même
sort, avec un marteau Thérèse cassait les coques adroitement et dans des assiettes creuses les tas de fruits secs grossissaient , Laure ne pouvait résister elle chipait une
noix ou une amande abimée et se régalait de les grignoter .
Son travail à elle était de recouvrir l'extérieur de quelques coquilles de noix avec quelques un des
beaux papiers, qu'elle avait gardé précieusement dans sa boite en fer. Puis avec l'aide de sa maman, elle faisait de longues mèches de coton blanc à repriser, ensuite Thérèse faisait
fondre sur le fourneau dans une petite casserole des restes de bougies blanches, la petite n'avait pas le droit d'y toucher, quand la cire était fondue, maman la faisait couler
dans les coquilles au milieu desquelles Laure avait placé ses mèches, et voilà les lumignons pour le soir de noël.
Plus la date de la fête approchait, plus la fillette trépignait. Quelques jours avant , on
sortait de la boite en carton qui se trouvait au grenier, les santons de la crèche , chaque personnage était enveloppé dans une papier de soie, elle déballait avec soin chacun d'eux, en
dernier le petit Jésus en cire couché sur de la paille, il avait des cheveux blonds bouclés comme un petit mouton ( on aurait dit qu'il venait de sortir de chez Mme Condis
la coiffeuse du quartier) , il ne serait mis que le soir du 24 dans la crèche devant l'âne et le boeuf et entre Marie et Joseph.
Avec un papier d'emballage, papa faisait des rochers et une grotte pour y loger la nativité, il y avait
un berger et ses moutons, les trois Rois Mages, un chameau, un ange joufflu, qui soufflait dans une trompette pour annoncer la bonne nouvelle aux bergers de la campagne, maman prêtait
souvent le miroir rond de son poudrier pour faire un joli lac calé dans la mousse cueillie avec le houx aux boules rouges et brillantes et le asparagus (des
asperges sauvages)qui servait de décorations dans la maison , parfois même si il y avait du papier d'argent de reste la fillette faisait une cascade du plus bel effet, de ses petites mains
elle soupoudrait de farine les rochers pour les enneiger, et accrochait une étoile d'argent au dessus de l'entrée de la grotte. Tout autour de cette crèche, elle disposait
quelques bougies coquilles de noix que maman allumerait au retour de la messe de minuit. Laure admirait son oeuvre avec ravissement .
Dernier embellissement une branche de sapin... papa n'avait pas oublié d'en couper une,
maman y disposait des bougies sur des pinces puis jetait négligement une guirlande d'argent achetée à l'épicerie du bas de la rue, accrochait deux ou trois mandarines recouvertes
de papier argenté et quelques flocons de coton hydrophile et le tour était joué. La cuisine avait pris un air de fête .
Le 24 au soir avant la messe de minuit, la famille jouait au loto et à l'heure dite,
maman et Laure s'acheminaient vers l'église St Louis qui ruisselait de lumière, les chants de noël berçaient la petite fille qui luttait contre le sommeil, pour ne pas
perdre une miette de la veillée et surtout à minuit l'arrivée solennelle du petit Jésus porté par des anges, l'assemblée alors entonnait le minuit chrétien. Le temps lui
paraissait long pendant les trois messes basses, puis dans la nuit froide les deux femmes se hâtaient d'aller retrouver papa et André dans la cuisine chaude, alors c'était la fête
aux papilles, un bon chocolat chaud les accueillait avec de délicieuses coques ( nom des brioches de la région ) qu'André avait rapporté de la boulangerie où il était apprenti.
Ah! Ces coques ! si souples, légères, dorées, parfumées à la fleur d'oranger, sur le dessus une vague de sucre
fin que la gourmande léchait , elle ne put jamais retrouver ce goût, cette sensation de manger un nuage sucré.....
Après cette pause gourmande, cérémonieusement elle déposait ses chaussures devant la cheminée au pied du
fourneau, avec une dernière prière au père noël (elle craignait parfois qu'il ne passe pas, elle n'était pas un modèle de sagesse et elle le savait .... ). Blottie au
fond de son lit dans alcôve donnant dans la cuisine, le rideau bien tiré, le sommeil l' emportait très vite, un sommeil peuplé de chants, de lumières, de friandises, de
cadeaux.
Dés l'aube, elle sautait de son lit et n'avait qu'à soulever le rideau pour apercevoir les
présents du père Noêl, souvent dans une des ses chaussures il y avait un petit sabot de chocolat avec un Jésus en sucre rose couché dedans , ou bien un petit sac de
fondants de sucre, rose, vert, blanc, dans l'autre chaussure un cadeau, soit un poupon, soit une dînette, et même un jour un vrai fer à repasser , mais le plus beau des
cadeaux lui fût offert par André son frère, mais cela est une autre histoire.....
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J'ai été swapé deux fois pour noël , ce swap a été organisé sur le forum de Céline ..